Sapporo. Fin d’hiver. Yasuha dans l’air. Recouvrement.

On lui a dit que ce n’était pas un oubli.

La neige ne tombe pas vraiment ; elle s’accumule, lentement, comme si l’air s’était épaissi au point de la retenir un instant avant de la laisser descendre. Elle adoucit les contours sans les effacer, recouvre sans rien résoudre.

Satoshi marche sans se presser. Non pas parce qu’il a du temps, mais parce qu’il n’y a aucun avantage à laisser penser qu’il en manque. La rue est calme, de ce calme que l’hiver impose ; non pas le silence, mais une retenue, comme si le son lui-même préférait ne pas aller trop loin.

Le bâtiment est là où il doit être, et pourtant légèrement en retrait – un décalage trop précis pour être accidentel, trop discret pour être architectural. Un de ces lieux qui n’insistent pas pour être vus, mais qui ne disparaissent pas non plus.

Une lumière à l’étage. Chaleureuse, au premier regard. Puis, après un instant, simplement constante. Sans variation. Comme si rien à l’intérieur n’exigeait d’ajustement.

Il s’arrête de l’autre côté de la rue. Il attend. Non pas un signal. L’absence de signal.

Quelque part au-dessus, une télévision. Des rires... courts, maîtrisés, répétés. Ils atteignent la façade… mais pas vraiment le trottoir. Comme interceptés.

Il traverse.

L’entrée cède sans résistance. Ouverte, ou bien ayant cessé de vouloir être fermée. À l’intérieur, l’air est plus chaud. Mais pas accueillant. Un air qui n’a pas été interrompu depuis un moment.

Près du mur, des chaussures. Alignées avec précision. Une paire manque. Et pourtant, l’absence ne dérange pas l’ensemble. Elle l’achève.

Il n’appelle pas.

Le couloir se resserre en s’éloignant, ou peut-être en donne-t-il seulement l’impression, une fois qu’on y entre ? Les distances ici semblent moins fixes qu’elles ne devraient.

Une porte, devant. Entrouverte.

Il marque une pause. Pas par doute. Pour s’ajuster – laisser l’espace devenir lisible.

À l’intérieur, sur une table basse : la montre.

Elle a été posée là. Délibérément. Pas oubliée. Pas tombée. Placée. Comme on laisse une réponse, plutôt qu’un objet.

Il entre.

Rien ne semble déplacé. Rien n’indique un départ non plus. La pièce se tient dans une continuité suspendue, comme si ce qui s’y est produit n’avait pas encore décidé d’appartenir au passé.

L’aiguille s’est arrêtée. Ou bien elle continue, mais selon une mesure qu’il ne peut plus suivre.

Il la prend.

Froide. Plus froide que la pièce ne l’autorise.

Plus loin, dans l’appartement... quelque chose. Un son, peut-être. Ou l’idée d’un son. Pas un mouvement. Pas une absence non plus. Quelque chose qui ne va pas jusqu’au bout de lui-même.

Il attend.

Rien ne se résout.

Il se tourne.

Le couloir est plus long, maintenant. À peine – mais assez pour que cela compte.

Dehors, la neige a déjà recouvert ses traces. Entièrement.

Il ne se retourne pas.

#citypunk #satoshi